Le compte 757 fait partie des comptes à surveiller lorsqu’une entreprise vend une immobilisation. Il concerne l’enregistrement du produit de cession d’un actif immobilisé : véhicule utilitaire, machine, mobilier, logiciel, brevet ou encore matériel informatique.
Son traitement peut sembler technique. Pourtant, il répond à une logique simple : l’entreprise doit constater le prix de vente de l’immobilisation, sortir l’actif de son patrimoine et déterminer la plus-value ou la moins-value réalisée. C’est à ce moment que la comptabilité rejoint directement la fiscalité.
Dans cet article, nous faisons le point sur la définition du compte 757, les écritures comptables à enregistrer et les principales conséquences fiscales pour l’entreprise.
À quoi correspond le compte 757 ?
Dans le plan comptable général applicable à partir des exercices ouverts en 2025, le compte 757 enregistre les produits des cessions d’immobilisations incorporelles et corporelles.
Autrement dit, il est utilisé pour comptabiliser le prix de vente hors taxes d’un bien immobilisé lorsque celui-ci quitte le patrimoine de l’entreprise.
Les immobilisations concernées peuvent notamment être :
- un véhicule professionnel ;
- une machine de production ;
- du matériel informatique ;
- du mobilier ou des agencements ;
- un logiciel ou un brevet ;
- un bâtiment ou un terrain ;
- certains titres immobilisés, selon leur nature comptable.
Le compte 757 est donc un compte de produits. Il est crédité du montant de la cession, généralement pour son prix hors taxes. La TVA collectée, lorsqu’elle est applicable, est enregistrée séparément dans un compte de TVA, le plus souvent le compte 44571.
Un point mérite d’être souligné : le compte 757 ne correspond pas à une plus-value comptable. Il enregistre uniquement le prix de vente. La plus-value ou la moins-value apparaît après comparaison avec la valeur nette comptable du bien cédé.
Le changement par rapport à l’ancien compte 775
De nombreuses entreprises connaissent encore le compte 775, traditionnellement intitulé « Produits des cessions d’éléments d’actif ». Avec la modernisation du plan comptable général, le compte 757 remplace ce compte pour les cessions d’immobilisations incorporelles et corporelles.
Cette évolution peut créer une confusion lors de la lecture de documents comptables ou de logiciels de gestion. Une ancienne écriture utilisant le compte 775 n’est pas nécessairement erronée : elle peut simplement concerner un exercice antérieur au nouveau plan de comptes.
En pratique, il est donc important de vérifier :
- la date d’ouverture de l’exercice ;
- la version du plan comptable utilisée par le logiciel ;
- la nature exacte de l’actif vendu ;
- les comptes prévus dans le manuel comptable de l’entreprise.
Le passage au compte 757 ne modifie pas, à lui seul, le montant de la plus-value fiscale. Il s’agit principalement d’une évolution de présentation et de classement comptable. La fiscalité continue de dépendre de la nature du bien, de sa durée de détention et du régime d’imposition applicable.
Comment enregistrer la vente d’une immobilisation ?
La cession d’un actif nécessite généralement plusieurs écritures. Il faut d’abord enregistrer le prix de vente, puis sortir l’immobilisation du bilan et constater les amortissements déjà pratiqués.
Prenons l’exemple d’un ordinateur professionnel acheté 3 000 euros hors taxes et amorti à hauteur de 2 400 euros. Sa valeur nette comptable est donc de 600 euros. L’entreprise le revend 900 euros hors taxes, avec une TVA de 180 euros.
L’écriture de cession du bien peut être présentée ainsi :
- Débit du compte 462 – Créances sur cessions d’immobilisations : 1 080 euros ;
- Crédit du compte 757 – Produits des cessions d’immobilisations : 900 euros ;
- Crédit du compte 44571 – TVA collectée : 180 euros.
Si le client règle immédiatement, le compte 512 – Banque peut remplacer le compte 462.
Il faut ensuite neutraliser les amortissements cumulés :
- Débit du compte 28183 – Amortissements du matériel de bureau et informatique : 2 400 euros ;
- Crédit du compte 2183 – Matériel de bureau et informatique : 2 400 euros.
Enfin, la valeur nette comptable du bien est transférée en charge :
- Débit du compte 657 – Valeurs comptables des immobilisations incorporelles et corporelles cédées : 600 euros ;
- Crédit du compte 2183 – Matériel de bureau et informatique : 600 euros.
Dans cet exemple, le produit de cession est de 900 euros et la valeur nette comptable de 600 euros. L’entreprise réalise donc une plus-value comptable de 300 euros.
La logique est la suivante :
Plus-value ou moins-value comptable = prix de cession hors taxes – valeur nette comptable
Si le résultat est positif, il s’agit d’une plus-value. S’il est négatif, l’entreprise constate une moins-value.
Le compte 757 augmente-t-il automatiquement le bénéfice ?
Oui, le produit enregistré au compte 757 entre dans le résultat comptable de l’exercice. Mais il ne faut pas assimiler le montant du compte 757 à l’enrichissement réel de l’entreprise.
Dans notre exemple, le compte 757 enregistre 900 euros. Toutefois, la sortie de l’actif entraîne simultanément une charge de 600 euros au compte 657. L’impact net sur le résultat est donc de 300 euros.
Cette distinction est essentielle dans l’analyse des comptes. Une entreprise peut afficher un montant important au compte 757 tout en réalisant une faible plus-value, voire une moins-value, si l’actif vendu avait encore une valeur nette comptable élevée.
À l’inverse, la vente d’un actif totalement amorti pour 5 000 euros générera un produit de cession de 5 000 euros et une valeur nette comptable proche de zéro. L’impact sur le résultat sera alors particulièrement visible.
Quel traitement fiscal pour la cession ?
Sur le plan fiscal, la vente d’une immobilisation peut générer une plus-value professionnelle ou une moins-value professionnelle. Le traitement dépend notamment du régime fiscal de l’entreprise : impôt sur les sociétés ou impôt sur le revenu.
La plus-value fiscale est généralement calculée à partir de la différence entre le prix de cession et la valeur fiscale nette du bien. Cette valeur peut être proche de la valeur nette comptable, mais elle ne lui est pas toujours identique.
La formule de base est la suivante :
Plus-value fiscale = prix de cession – valeur nette fiscale de l’immobilisation
Pour un bien amortissable, la valeur nette fiscale correspond en principe au prix de revient diminué des amortissements fiscalement déduits. Pour un bien non amortissable, comme un terrain, elle repose généralement sur son prix d’acquisition, éventuellement ajusté selon les règles fiscales applicables.
La plus-value est en principe intégrée au résultat imposable de l’entreprise. Elle est donc soumise à l’impôt sur les bénéfices selon le régime concerné.
Entreprise soumise à l’impôt sur les sociétés
Dans une société soumise à l’impôt sur les sociétés, la plus-value issue de la cession d’un actif professionnel est généralement comprise dans le résultat fiscal de droit commun.
Elle est donc taxée au taux normal de l’impôt sur les sociétés, sous réserve des règles particulières applicables à certains biens ou à certains titres.
Les petites et moyennes entreprises peuvent, sous conditions, bénéficier du taux réduit d’impôt sur les sociétés sur une fraction de leur bénéfice. La cession d’une immobilisation n’est pas automatiquement exclue, mais l’entreprise doit respecter l’ensemble des conditions liées à ce dispositif, notamment en matière de chiffre d’affaires, de capital et de détention.
Pour les immeubles, les titres de participation et certains actifs spécifiques, des régimes particuliers peuvent exister. Il est donc prudent de ne pas appliquer mécaniquement le taux normal sans examiner la nature du bien vendu.
Entreprise soumise à l’impôt sur le revenu
Dans une entreprise individuelle ou une société relevant de l’impôt sur le revenu, la plus-value peut relever du régime des plus-values professionnelles.
La distinction entre plus-value à court terme et plus-value à long terme dépend principalement de la durée de détention du bien et de son caractère amortissable ou non amortissable.
De manière générale :
- les plus-values réalisées sur des biens détenus depuis une durée limitée relèvent souvent du court terme ;
- les plus-values sur des biens non amortissables détenus depuis suffisamment longtemps peuvent relever du long terme ;
- les plus-values à court terme sont généralement intégrées au résultat professionnel courant ;
- les plus-values à long terme peuvent bénéficier d’un traitement fiscal distinct.
Pour les entreprises individuelles, la plus-value peut également être soumise aux prélèvements sociaux. Le calcul exact dépend de la situation de l’exploitant et de la nature de l’activité.
Des dispositifs d’exonération existent pour certaines petites entreprises, notamment en fonction du chiffre d’affaires, de la durée d’activité ou de la valeur des éléments cédés. Ces dispositifs sont soumis à des conditions précises. Une vérification au cas par cas est indispensable avant de considérer une plus-value comme exonérée.
La TVA sur la cession d’une immobilisation
La vente d’une immobilisation peut être soumise à la TVA. Le traitement dépend de la nature du bien, de la qualité du vendeur et des règles de TVA applicables au moment de la cession.
Lorsqu’elle est taxable, la TVA est facturée au client et comptabilisée séparément du compte 757. Le produit de cession est enregistré hors taxes, tandis que la TVA collectée est portée au crédit du compte 44571.
La situation peut être différente pour certains immeubles, terrains ou biens ayant fait l’objet de règles particulières lors de leur acquisition. Des mécanismes de régularisation de TVA peuvent également s’appliquer lorsque le bien est cédé avant la fin de sa période de régularisation.
Une erreur fréquente consiste à enregistrer le prix TTC dans le compte 757. Cette pratique gonfle artificiellement le produit comptable et fausse le calcul de la plus-value. Le compte 757 doit normalement recevoir le montant hors taxes lorsque la TVA est applicable.
Un exemple complet de plus-value
Une entreprise achète une machine pour 40 000 euros hors taxes. Après plusieurs années, elle a comptabilisé 28 000 euros d’amortissements. Sa valeur nette comptable est donc de 12 000 euros.
La machine est vendue 18 000 euros hors taxes, avec 3 600 euros de TVA.
Les principaux éléments comptables sont les suivants :
- prix de cession enregistré au compte 757 : 18 000 euros ;
- TVA collectée au compte 44571 : 3 600 euros ;
- valeur nette comptable transférée au compte 657 : 12 000 euros ;
- plus-value comptable : 6 000 euros.
Cette plus-value de 6 000 euros entre en principe dans le résultat fiscal. Toutefois, le calcul fiscal définitif doit être réalisé à partir de la valeur nette fiscale du bien. Si certains amortissements comptables n’ont pas été déduits fiscalement, une différence peut apparaître entre la plus-value comptable et la plus-value fiscale.
Les erreurs à éviter avec le compte 757
Les cessions d’immobilisations sont ponctuelles. C’est justement pour cette raison qu’elles sont parfois mal traitées : l’équipe comptable ne les rencontre pas assez souvent pour disposer de réflexes parfaitement automatisés.
- Utiliser le compte 757 pour la vente de marchandises : les ventes habituelles relèvent des comptes de chiffre d’affaires adaptés à l’activité ;
- enregistrer le prix TTC dans le compte 757 alors que la TVA est applicable ;
- oublier de sortir l’immobilisation du bilan ;
- ne pas reprendre les amortissements cumulés ;
- confondre le prix de vente avec la plus-value ;
- appliquer le traitement fiscal d’un bien sans vérifier sa nature ;
- oublier les éventuelles régularisations de TVA, notamment pour certains immeubles ;
- utiliser le compte 775 sans tenir compte de la période comptable concernée.
Il est également recommandé de conserver tous les justificatifs : facture de vente, procès-verbal de destruction ou de mise au rebut, certificat de cession, tableau d’amortissement et document attestant la valeur d’origine du bien.
Compte 757, déclaration fiscale et contrôle
Le montant enregistré au compte 757 peut être identifié lors de l’examen de la liasse fiscale. L’administration fiscale peut notamment comparer le produit de cession, la valeur nette comptable, les amortissements pratiqués et la déclaration de TVA.
Une cession mal documentée peut attirer l’attention, surtout lorsque le prix de vente paraît inférieur à la valeur de marché. C’est particulièrement vrai pour les ventes à un dirigeant, à un associé ou à une société liée.
Dans ce type de situation, l’entreprise doit pouvoir justifier le prix retenu. Une annonce comparable, une estimation professionnelle ou plusieurs offres d’achat peuvent constituer des éléments utiles. Vendre un véhicule professionnel à son dirigeant pour un montant symbolique n’est pas toujours interdit, mais cela doit être cohérent avec sa valeur réelle et correctement documenté.
Une opération comptable à préparer avant la vente
Pour éviter les mauvaises surprises, il est préférable d’anticiper la cession. Avant de signer, l’entreprise peut demander à son comptable :
- la valeur nette comptable du bien ;
- la valeur nette fiscale estimée ;
- le montant probable de la plus-value ou de la moins-value ;
- le régime de TVA applicable ;
- les éventuelles exonérations fiscales ;
- l’incidence sur le résultat et la trésorerie.
Le compte 757 est donc bien plus qu’une simple ligne comptable. Il matérialise la sortie d’un actif et constitue le point de départ d’une analyse globale : résultat, fiscalité, TVA, justificatifs et parfois régime des plus-values professionnelles.
Une comptabilisation rigoureuse permet de présenter des comptes fiables, de déclarer correctement l’opération et d’éviter qu’une vente d’immobilisation ne se transforme en casse-tête fiscal. En matière d’impôts, quelques minutes de préparation valent souvent mieux qu’une longue discussion avec l’administration après l’envoi de la déclaration.



